Je n’aime pas la boucherie mais j’aimais m’arreter chez le petit boucher de cette rue. Pourquoi ?
Parce que je passais par là pour rentrer à Coublevie. Je garais facilement mon scooter devant sa boutique, il y avait un espace pour que puisse stationner un automobiliste handicapé : le dessin évoquait un fauteuil roulant. C’est fou ce qu’il doit y avoir de paralysés à Voiron, la place était toujours prise.
Au début, mon boucher cherchait à m’apprivoiser. Il me parlait de la pluie, du beau temps, puis de Saint Guillaume, son village, ou il rentrait souvent. Il y avait sa femme et sa fille.
Dans sa boutique, je rencontrais parfois une dame souriante que je retrouve le samedi soir, à l’Eucharistie. Elle porte une lourde épreuve.
Une autre femme m’accoste : « Père, je veux faire bénir une croix pour le baptême du petit » Décidement, je ne peux pas faire mes achats incognito.
Les petites annonces des clients me laissaient perplexe : « Vends jeune cheval, affectueux ». N’est-ce pas contradictoire ? et dans une boucherie, d’un gout douteux.
« Loue appartement dans un immeuble, adresse… bien fréquenté ( !) sic et pourtant je ne l’habite pas !
Notre boucher, soudain, est tombé gravement malade. Sa cliente souriante l’a retrouvé, en partie paralysé, dans une maison, en Savoie. La boutique est à vendre.
Il s’en passait des choses dans cette boutique !
Gérard
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